« 22 octobre 1847 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 65303 0049/0051], transcr. Gérard Pouchain et Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4303, page consultée le 06 août 2026.
22 octobre [1847], vendredi matin, 8 h.
Bonjour, mon bien-aimé, bonjour, mon cher petit adoré, bonjour je t’aime. Ne te tourmente
pas, mon doux petit homme, tout cela ne sera rien. Encore un peu de patience et la
raison
viendra en aide à ton Charlot1. L’important est qu’il n’ait pas de passion tenace pour une femme indigne
de lui. Tu as un si grand sujet de bonheur d’un autre côté qu’il faut accepter les
folies momentanées de ce garçon comme contrepoids. Je n’essaie pas savoir des nouvelles
ce matin parce
que je suis entièrement rassurée sur la santé de ta chère femme2 et parce
que tu viendras tout à l’heure m’en apporter. Je vais même presser le déjeuner pour
te livrer la table dans le cas où tu viendrais achever tes dessins.
Je t’aime mon Victor, tous les
jours mon amour se lève sur mon cœur comme le soleil sur la terre. Toute ma vie et
toutes mes pensées en sont échauffées et éclaircies, aussi je ne peux pas m’empêcher
de te le montrer
dans toute sa splendeur et dans tout son rayonnement. Je ne pense qu’à lui, je ne
vis que par lui, je ne me plaisa que dans lui. Pour ne
pas t’en parler il faudrait que je fusse muette ou que je ne puisse pas t’écrire et
encore mes yeux et mon âme te diraient que tu es mon adoré.
Juliette
1 Charles Hugo s’est follement amouraché d’Alice Ozy. Juliette Drouet ignore que Victor Hugo, dans cette histoire, est le rival de son fils.
2 Adèle Hugo se remet de la fièvre typhoïde.
a « plaît ».
« 22 octobre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 250-251 ], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4303, page consultée le 06 août 2026.
22 octobre [1847], vendredi après-midi, 3 h.
ET MOI ? Votre rendez-vous ne me semble pas aussi catholique que vous voudriez bien
me le faire accroire et votre Bonne-nouvelle me fait l’effet d’une assez méchante
farce dans laquelle
je jouerais le rôle de la mère L’OIE. C’est égal méfiez-vous du dénouement je ne vous
dis que ça pour le moment me réservant mon EFFET pour plus tard. Tâchez de ne pas
regarder le
diorama jusqu’à une heure du matin parce qu’alors je ne rirai plus. En attendant je
ris. Voime, voime, c’est très drôle.
Je voudrais bien savoir
pour qui et pour quoi vous faites tous ces dessins avec cette furieuse activité ?
À qui donc les avez-vous promis et donnés ? Il y a une certaine Mme Boucher qui vous écrit des tendresses à ce sujet qui me sont très suspectes. Quoi que vous
pensiez de sa graisse et de sa grâce je
vous prie de ne pas faire le généreux avec elle si vous ne voulez pas que je vous
arrache toute espècea de choses. Toto vous êtes
averti, Toto j’ai l’œil sur sur vous et sur eux, Toto méfie-toi Toto les indous te
perdront Toto le diorama et les chinois te seront fatals. Toto les toupies sont dangereuses
et les
grosses femmes des pièges à Loups ! Toto vous me faites l’effet d’un homme déjà plus
d’à moitié griffé. Toto la main me démange et mes ongles sont longs. Toto ! Toto !
Toto ! Toto !
Toto ! Toto ! Toto ! Tu saisb le grec, méfie-toi.
Juliette
a « tout espèces ».
b « sait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
